Immersion...
Sirène - 5Ko L'eau un peu froide pénètre dans la combinaison lentement. C'est le silence qui est impressionnant. Près de la surface, le clapotis. Un peu plus au fond, juste le souffle du détendeur, celui de son coéquipier, et de temps en temps, le bruit de l'inflateur du gilet.

La visibilité est bonne. Descente dans le bleu à 45m. Nous allons visiter une épave. L'allure est rapide, il ne faut pas perdre de temps lorsque l'on va à cette profondeur. La combinaison et les palmes du camarade de palanquée devant perdent leurs couleurs pour devenir gris-bleu presque uniforme.
-30m, tout est bleu autour, on sent les bulles glisser autour de soi jusqu'au bout des palmes. La descente est parfaitement rectiligne. C'est indispensable si l'on veut garder le cap pour s'orienter.
-40m, le bleu devient sombre et le silence se fait dense, comme palpable. Il faut se retourner et se stabiliser.

Au cours des 5 derniers mètres, on distingue de plus en plus nettement une énorme masse de métal rouillé, couverte d'algues ballottées par le faible courant comme des cheveux au vent. C'est un croiseur de la 2ème guerre mondiale. Une épave de belle taille, posée au fond comme si elle naviguait maintenant sur le sable. Nous ne resterons que 20 minutes au fond, si la consommation d'air nous le permet. A cette profondeur, on n'annonce pas réserve à 50, mais à 80 bars. Sécurité. Sécurité encore, nous ne pénétrerons pas dans l'épave.

Nous commençons la lente découverte du flanc éventré du bateau. Plusieurs torpilles sûrement. Curieusement, cette carcasse de bateau mort est lieu d'une vie intense. Par le trou béant de petits canons sortent trois têtes de murènes, paisibles, mais toujours à l'affût. Le phare de plongée redonne ses couleurs à la vie qui règne ici-bas, et nous fait découvrir des centaines d'habitants que jamais nous n'aurions vu sinon : congres en embuscade, petites cigales de mer, galatées rouge vif, crabes blancs, alevins de toute sorte...

Nous remontons vers la proue de l'épave. Nous n'aurons pas le temps de visiter tribord. Dernières rencontres... Un majestueux couple de Corbs, qui d'ordinaire préfèrent des eaux moins profondes. Banc de dorades royales... Continuez Mesdames, ce n'est pas aujourd'hui que vous serez mangées.

Le nez, plusieurs mats et rambardes du bateau sont couverts de filets de pêcheurs déchirés, qui se sont pris dedans. Il faut y faire particulièrement attention, surtout à cette profondeur, où les gestes sont moins précis, le raisonnement et le calme plus difficiles à tenir. L'un d'entre nous a passé sa réserve, il faut entamer la remontée, puis les paliers de décompression. Je n'ai pas envie...

V.

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